Sur un tableau électrique, ces deux dispositifs se ressemblent. Même boîtier blanc, même levier de commande, même bouton test marqué d'un T. Pourtant, leur rôle n'est pas identique, et confondre l'un avec l'autre au moment de modifier son installation expose à deux risques : une protection absente contre les courts-circuits, ou un déclenchement intempestif qui plonge tout le tableau dans le noir.
La différence entre disjoncteur différentiel et interrupteur différentiel est simple à retenir : les deux détectent une fuite de courant à la terre, mais seul le disjoncteur différentiel coupe aussi les surintensités. Un interrupteur différentiel sans disjoncteur en amont est un dispositif incomplet, exposé à la destruction en cas de court-circuit.
La fonction commune : détecter les fuites à la terre
Les deux appareils partagent une mission identique : protéger les personnes contre l'électrisation. Le principe est le même depuis les années 1970. Un tore magnétique entoure les conducteurs de phase et de neutre. En fonctionnement normal, le courant qui part par la phase revient intégralement par le neutre. Le champ magnétique résultant est nul.
Quand un défaut survient (appareil défectueux, câble endommagé, contact avec une partie métallique sous tension), une partie du courant s'échappe vers la terre. Le déséquilibre entre phase et neutre est détecté par le tore, et le dispositif déclenche. La coupure intervient en moins de 30 millisecondes pour un appareil 30 mA, le seuil maximal autorisé par la norme NF C 15-100 pour la protection des personnes.
Ce fonctionnement est rigoureusement identique dans un interrupteur différentiel et dans un disjoncteur différentiel. La sensibilité de 30 mA est la même. Le bouton test, obligatoire, vérifie le même mécanisme : il simule une fuite et doit provoquer le déclenchement.
C'est la fonction suivante qui les distingue.
La différence : la protection contre les surintensités
Un interrupteur différentiel ne coupe que les fuites à la terre. Il est aveugle à deux autres défauts électriques : la surcharge et le court-circuit.
La surcharge se produit quand un circuit consomme plus que son calibre nominal (trop d'appareils branchés sur une même ligne). Le fil chauffe, la gaine fond, l'incendie devient possible. L'interrupteur différentiel ne réagit pas : le courant continue de circuler normalement entre phase et neutre, le tore ne voit aucun déséquilibre.
Le court-circuit se produit quand la phase entre en contact direct avec le neutre ou la terre (câble dénudé, cosse mal serrée, appareil en défaut franc). L'intensité monte instantanément à plusieurs centaines d'ampères. L'interrupteur différentiel peut être détruit par l'arc électrique avant même d'avoir déclenché.
Un disjoncteur différentiel intègre ces deux protections supplémentaires. Il cumule dans un même boîtier le détecteur de fuite (fonction différentielle) et le disjoncteur magnétothermique (fonction de coupure sur surcharge et court-circuit). Un seul appareil remplit les trois rôles.
Pour obtenir la même protection avec un interrupteur différentiel, il faut obligatoirement placer des disjoncteurs divisionnaires en aval, un par circuit. L'interrupteur différentiel protège les personnes, les disjoncteurs protègent les circuits et les biens. C'est le montage le plus répandu dans les tableaux résidentiels français depuis les années 1990.
Comment les reconnaître dans votre tableau
Trois indices visuels permettent de distinguer un interrupteur différentiel d'un disjoncteur différentiel, sans rien démonter.
Premier indice : la largeur. Un interrupteur différentiel occupe en général 2 modules (35 mm de large). Un disjoncteur différentiel occupe aussi 2 modules le plus souvent, mais certains modèles pour circuits spécialisés (chauffe-eau, four) en occupent 3 ou 4. Cet indice seul ne suffit pas.
Deuxième indice, plus fiable : le schéma électrique imprimé sur la face avant. L'interrupteur différentiel affiche uniquement le symbole du tore différentiel (un ovale traversé par les conducteurs). Le disjoncteur différentiel affiche ce même symbole, plus le rectangle du relais magnétothermique et la courbe de déclenchement (courbe C dans la plupart des usages domestiques).
Troisième indice, le plus fiable : la valeur en ampères inscrite sur l'appareil. Un interrupteur différentiel porte une seule valeur nominale, par exemple 40 A ou 63 A. Un disjoncteur différentiel porte sa sensibilité différentielle (30 mA) et son calibre magnétothermique (16 A, 20 A, 32 A). Deux chiffres, c'est un disjoncteur différentiel. Un seul chiffre, c'est un interrupteur différentiel.
Quatrième indice : la position dans le tableau. L'interrupteur différentiel est placé en tête de rangée, en amont de tous les disjoncteurs divisionnaires qu'il protège. Le disjoncteur différentiel, lui, remplace un disjoncteur divisionnaire sur une ligne dédiée (circuit four, circuit lave-linge, circuit chauffe-eau).
Le tableau suivant résume ces différences :
| Caractéristique | Interrupteur différentiel | Disjoncteur différentiel |
|---|---|---|
| Détection fuite à la terre | Oui (30 mA ou 300 mA) | Oui (30 mA ou 300 mA) |
| Protection surcharge | Non | Oui |
| Protection court-circuit | Non | Oui |
| Calibre magnétothermique affiché | Aucun | 16 A, 20 A, 32 A, etc. |
| Protection amont nécessaire | Oui (disjoncteur obligatoire) | Non (intégrée) |
| Position dans le tableau | Tête de rangée | Sur une ligne dédiée |
Lequel choisir selon votre installation
Le choix ne dépend pas d'une préférence personnelle mais de la configuration du tableau et de ce que la norme NF C 15-100 prescrit.
Pour une mise en sécurité d'un logement existant, l'obligation légale est fixée par l'arrêté du 28 septembre 2017. Son domaine 2 exige au minimum un dispositif différentiel 30 mA en tête de tableau. Un interrupteur différentiel 30 mA de type AC ou A, correctement protégé par le disjoncteur de branchement, satisfait cette obligation. Le domaine 3 exige que chaque circuit soit protégé par un disjoncteur ou un fusible au calibre adapté. Pour approfondir ce point, consultez notre article sur la norme du tableau électrique.
Pour une installation neuve ou une rénovation totale, la NF C 15-100 impose la configuration complète : au moins deux interrupteurs différentiels 30 mA (type A obligatoire pour les circuits de prises et lave-linge depuis l'amendement 5), chacun protégeant au maximum 8 circuits derrière des disjoncteurs divisionnaires.
Le disjoncteur différentiel trouve son usage sur des circuits isolés où une double sécurité a du sens : le circuit chauffe-eau (protégé par un 20 A 30 mA de type AC), la borne de recharge pour véhicule électrique (type F obligatoire depuis 2020), ou un circuit extérieur exposé à l'humidité.
Dans une salle de bain, les volumes de sécurité définis par la norme imposent des règles spécifiques que nous détaillons dans notre article sur la norme des prises électriques.
Le montage mixte est parfaitement conforme : interrupteurs différentiels en tête de rangée pour la protection générale des personnes, complétés par un disjoncteur différentiel sur le circuit d'un appareil à risque. L'important est que chaque circuit dispose d'une protection magnétothermique, soit intégrée au différentiel (disjoncteur différentiel), soit assurée par un disjoncteur divisionnaire placé sous l'interrupteur.
Questions fréquentes
Puis-je remplacer un interrupteur différentiel par un disjoncteur différentiel ?
Oui, techniquement. Mais le disjoncteur différentiel protège un seul circuit. Remplacer un interrupteur différentiel qui couvre une rangée entière par un seul disjoncteur différentiel supprimerait la protection différentielle des autres circuits de la rangée. La substitution n'a de sens que circuit par circuit, pas en tête de rangée.
Mon tableau ancien a un seul interrupteur différentiel 30 mA : est-ce suffisant ?
Au regard de la loi, oui, si les six points de sécurité de l'arrêté du 28 septembre 2017 sont satisfaits. Au regard de la norme NF C 15-100 pour le neuf, non : elle en exige au moins deux pour garantir la sélectivité (un défaut ne coupe qu'une partie du logement).
Un interrupteur différentiel peut-il griller sans déclencher ?
Oui, si un court-circuit franc se produit sur le circuit en aval et que le disjoncteur de branchement ne réagit pas assez vite. Sans protection magnétothermique intégrée, l'interrupteur différentiel subit l'arc électrique de pleine puissance. C'est la raison pour laquelle la norme exige qu'il soit toujours protégé en amont.
Pourquoi mon interrupteur différentiel déclenche-t-il alors que tous mes appareils fonctionnent ?
Un déclenchement sans défaut apparent peut venir de courants de fuite cumulés. Chaque appareil électronique produit une fuite naturelle de quelques milliampères. Additionnées sur les huit circuits de la rangée, ces fuites approchent le seuil de 30 mA et le différentiel déclenche. Répartir les circuits sur deux interrupteurs différentiels réduit le cumul.
